A propos des privilèges

A propos des privilèges

Au début du confinement, j’ai écrit un texte par rapport à l’indécence de certains bourgeois qui ne comprennent pas en quoi c’est problématique de se réjouir de ne pas être logé à la même enseigne que les pauvres.
http://diglee.com/indecence/
« Je sors de mon silence pour contrer cette vague de haine et vous dire que moi, eh bien je suis ravie de savoir que certains ont des jardins et peuvent admirer le printemps qui fleurit.
Je suis ravie de savoir que des enfants peuvent encore courir libres dans une prairie couverte de jonquilles, soulagée que tous, nous ne soyons pas logés à la même enseigne, celle d’être confinés dans de minuscules appartements ternes perchés sur le bitume gris des villes. »
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Pour nuancer et expliquer au mieux le propos, le développement peut paraître long mais nécessaire pour tenter d’être plus claire. Je l’ai partagé sur Facebook mais je le partage maintenant ici. Etant souvent touchée en tant qu’artiste, femme et métisse par les discriminations liées au travail, j’ai beaucoup lu (et écouté des vidéos, conférences,…) sur les questions d’inégalités, sur la critique du travail gratuit, la nécessité de valoriser le travail artistique, la précarité, l’uberisation proche du statut de free-lance, la défense des acquis sociaux,… Je les partage sur ma page Facebook.
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Témoignage de la vie réelle
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Il y a quelques années en 2008, avait eu lieu à Paris une exposition des photographies de André Zucca intitulée « les français sous l’occupation ». C’était une exposition montrant photos et objets des années 39-45 témoignant comment certains parisiens tentaient de vivre, certains profitaient bien, sous ce climat particulier. A l’époque bien évidemment personne ne savait comment allait se terminer la guerre et beaucoup pensaient à leur survie, cela signifiait pour beaucoup devenir collaborationniste avec l’ennemi nazi. Cette exposition avait choqué car elle refusait de montrer que les français n’étaient pas tous de courageux résistants et libérateurs de la France. Des pressions ont été faites pour annuler cette exposition, mais elle est restée en changeant le titre « les français… » par « des français sous l’occupation ».
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Rue de Rivoli 1941 ZUCCA
Andre Zucca Rue de Rivoli, Paris, 1941
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Inégalités
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Comme le soulignent légitimement de nombreux articles, la crise du coronavirus aura montré les inégalités. Nous ne sommes pas tous logés en confinement à la même enseigne. J’espère que nous serons plus nombreux à voir le problème de ces inégalités, qui sont là le reste du temps, criés en manifestation, en billets sur internet, dans des livres ou des journaux,…
Ces inégalités ne sont pas dues, comme tentent de le faire croire ceux à qui cela profite, au fait que des fainéants n’ont pas eu envie de travailler ou que d’autres ne savent pas « saisir leurs chances », comme j’ai encore pu le lire sur les réseaux sociaux aujourd’hui, mais plus à des entreprises qui licencient pour du profit, qui piétinent le droit du travail par un management sauvage, à celles qui marginalisent et privent d’emploi certaines personnes, etc,… La chance n’est pas la même dès lors que nous disposons de capitaux, économiques, sociaux ou culturels différents comme l’expliquait déjà Pierre Bourdieu.
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Indécence
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Evidemment la société est composée d’individus tous différents, il n’y a pas les gentils précaires, certains en effet sont fainéants et fraudeurs, et les méchants riches, certains et j’en compte parmi mes amis ont une conscience qui ne s’arrête pas à leur compte en banque. De même que l’égoïsme et l’égocentrisme n’a pas de classe (dans les deux sens du terme).
Mais l’indécence chez les privilégiés est de se complaire dans l’illusion qu’ils sont au dessus des autres et qu’ils ont un droit quasi divin, comme le pensaient les monarques de pouvoir plus profiter du luxe ou de simplement des produits de base ou même de la nature, de la santé ou de la sécurité, pendant que les autres ne pourront ni se les offrir ni les rêver. Je n’ai aucun problème avec le luxe, le confort ou l’argent. Si des parents aisés ont voulu donner à leurs enfants toutes les chances et les gâteries qu’ils pouvaient, je trouve ça bien car pour moi c’est le rôle des parents de leur apporter ce qu’ils peuvent (sinon ils ne devraient pas faire d’enfants). Ce qui me dérange en revanche c’est de se vanter de ses privilèges, de narguer les autres tout en continuant à véhiculer ce qui crée les différences de moyens, tout en les encourageant, en faisant s’accroître ces écarts de richesse, en pratiquant la ségrégation économique…
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Le mécanisme de la précarité
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Car ces inégalités sont pour la majorité fabriquées de toute pièce par ceux qui veulent garder le pouvoir et la richesse. Comment faire pression sur les salariés si on ne peut les mettre en concurrence avec l’armée de réserve que constitue les chômeurs, eux même mis en concurrence avec les SDF, mis en concurrence avec les immigrés ? Ils défendent leurs intérêts, quelque part je les comprends, bien que ça ne puisse que créer une pauvreté et une insécurité qu’ils se prendront tôt ou tard à la gueule. Ces inégalités ne sont pas juste le fruit de la chance ou du mérite. Les personnes plus riches attirent les contacts, elles ont plus de contacts, de services gratuits et de passe-droit. Elles se marient et se reproduisent entre elles et lèguent leurs capitaux à leurs enfants, qui peuvent bénéficier d’éducation privilégiée, de métiers privilégiés, de clients, de nouveaux contacts, d’expérience (tourisme,…) privilégiés.
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Se rendre compte des privilèges
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Avez-vous déjà remarqué sur internet une personne poster le compte rendu en images d’une soirée privée, une entrée VIP à tel événement, des vacances offertes par des compagnies touristiques, des cadeaux de produits de beauté offertes par des marques de luxe, un partenariat pour travailler avec telle entreprise qui vous fait de la publicité et étoffe votre CV, un test du corona-virus. Vous êtes-vous un jour demandé « pourquoi pas moi après tout ? » La réponse est que vous êtes pauvres, issus d’un milieu modeste ou ne savez pas développer la logique capitaliste visant à prendre ce qui appartient à tous, écraser les autres pour se hisser au sommet, mentir et tricher (comme on le voit chez les concurrents des télé réalité) etc,… Dans un sens on vous apprend qu’être modeste ne vous mènera nulle part, mais qu’avoir une attitude de requin (même si les requins sont moins féroces) peut parfois être récompensé. Je trouve ça dommage d’encourager les individus dans cette voie, cela crée une société d’égoïstes infantilisés immatures et irresponsables (et non individualistes qui sont des individus et non des accumulateurs de possessions). Certains en lisant cela se diront surement « je ne suis pas d’accord, j’ai une bonne situation, j’ai travaillé dur pour cela et je n’ai pas la mentalité capitaliste », et pourtant, vos parents vous auront peut être payé un loyer dans Paris pour que vous puissiez développer votre réseau ? Comme je l’ai dit plus haut, cela ne fait pas de vous un salaud, mais un privilégié et il faut s’en rendre compte. Les privilégiés ne sont pas tous des tyrans, mais la plupart continuent de discriminer les pauvres, de ne pas vouloir travailler avec eux ou les payer honnêtement pour leur travail, voire de les penser comme des larbins,… Quand ils le font, ils pensent faire de la charité et ne manquent pas de montrer à la terre entière à quel point ils sont de bonnes personnes, parfois ils portent même des badges « Amnesty International », c’est à se demander ce que cela cache. Seulement voilà, le fait de penser qu’on aide quelqu’un, alors qu’on travaille avec cette personne est déjà une mentalité de subordination ou de hiérarchie où le client prestataire est « inférieur ». Lorsque vous travaillez avec un client privilégié, vous ne vous posez pas en sauveur, vous trouvez ça juste normal, c’est du business.
Ecoutez Juan Branco, les Charlot-Pinçon et bien d’autres en témoigner.  Et non, tout cela n’est pas due parce que les privilégiés sont des êtres exceptionnels, plus intelligents, malins ou meilleurs que les autres, cela est due à une richesse (et donc des réseaux que celle-ci attire) de base.
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Normes
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Encore une fois je ne juge pas le fait de bénéficier de tous cela, mais je juge le fait d’agir pour conserver et exacerber ces inégalités, ne serait-ce en imposant son concept de « normalité ». La norme est une construction sociale, mais elle semble aussi une construction de classe. Un enfant qui grandira entouré de femmes de ménage à qui donner des ordres, réussira mieux qu’un enfant qui grandira à devoir s’écraser et faire la femme de ménage. Cela s’appelle le savoir-être, qui fait parti du capital culturel. Je ne pense plus qu’aujourd’hui connaître les oeuvres de Wagner, de Dante ou de Delacroix contribue à réussir car les nouveaux riches ont imposé leurs nouvelles cultures dénuées de raffinement, en revanche savoir parler avec confiance et autorité à quelqu’un que l’on interrompt sans cesse, que l’on n’écoute pas ou qu’on ignore ostensiblement, pour obtenir quelque chose est ce qui marche le plus dans notre société aujourd’hui. Et de la même façon, ne pas écouter une personne introvertie, trop polie ou respectueuse fait partie de la nouvelle donne. « Il faut s’imposer », c’est à dire être grossier, fermé aux autres et sans gêne. Ce qui crée une société mal éduquée agissant de plus en plus de façon violente et triviale où la loi du plus fort est de mise.
Pour le Docteur Raoult, c’est normal que des milliers de personnes meurent chaque année de maladies liées au monde moderne (problèmes respiratoires liés à la pollution, obésité, cancer, problèmes cardio vasculaire liés à la mauvaise nourriture, dépression et addictions , virus liés à l’exploitation animale industrielle,…). Sa norme, ce sont les statistiques des années précédentes. Mais est ce une norme éthique, une norme doit-elle éthique ? On peut voir que ces normes sacrifient les individus pour des masses.
De la même façon, pour les bourgeois, c’est à dire une majorité de personnes ayant vécu avec des privilèges et d’autres personnes, issues de milieux modestes mais qui ont la mentalité capitaliste (concurrence, abuser des autres, s’imposer, opportuniste menteur et tricheur, …), il est normal qu’il y ait des « faibles » qu’on abuse et des « forts » qu’on respecte. Mais cette normalité est elle vraiment juste ? Est elle normal pour ceux qui souffrent des inégalités et ceux qui restent honnêtes et polis ? A mon sens, non. Nous n’avons pas la même vision de la normalité car nous n’avons pas la même éducation, la même sensibilité ou la même empathie.
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Expliquer à un bourgeois que sa conception n’est pas « normale » ou juste, sera difficile à faire entendre, quand de base ces gens rejettent toute forme d’empathie et classe même cette faculté dans la case « faiblesse ». Le bourgeois prend, s’approprie, vole, c’est sa norme. Il se sert des autres, se fait servir et abuse des autres. Ce n’est non seulement une norme, mais c’est un sentiment de plaisir, un sentiment de domination qui lui fait se sentir au dessus des autres. Comment lui faire entendre que cette façon d’être et de penser, même si c’est celle qui domine dans les médias et la société,qui est encouragée dès l’école puis dans les entreprises est problématique ? Pour les laissés pour compte, les perdants, les invisibles, les parias, les bourgeois ne peuvent avoir aucune empathie ou compréhension car cette « caste inférieure » leur est utile symboliquement (pour se sentir dominant) et matériellement (financièrement et d’un point de vue utilitariste, c’est à dire de l’abus et l’exploitation de l’autre). Ceci est une tendance humaine innée chez certaines personnes, comme le fait de vouloir tuer des gens par exemple. Ils vivent ensuite dans une société avec des lois et des limites (l’homicide étant interdit par la loi) et se comportent en fonction. Si la société non seulement autorise la pensée capitaliste (nombriliste, d’accumulation par le vol du bien commun, de tendance à exploiter les humains, le vivant, les ressources,…) mais en plus l’encourage, les individus qui ont ses traits bourgeois ne peuvent entendre que cette mentalité capricieuse et nombriliste est problématique, mais ils savent aussi qu’ils doivent avoir une image publique opposée à cette attitude.
Au temps de la monarchie, il n’était pas normal qu’un simple paysan puisse s’adresser à un noble. Ces normes étaient faites par et pour les dominants. Expliquer qu’il n’est pas normal pour un noble de maltraiter un esclave et il réagira comme les privilégiés d’aujourd’hui, avec déni, mépris et arrogance. Ces gens ne changeront peut être pas, même si certains ont plus de coeur que de besoins de dominer. J’écris donc cela pour les dominés, ceux qui applaudissent les bourgeois, qui ont de la tristesse quand ils leurs arrivent un petit bobo, qui sont prêts à les soutenir quoi qu’il en coûte. Ne soyez pas aveuglés par leurs systèmes de castes, ne soyez pas leurs fanatiques, ne soyez pas leurs laquais. Privilégier ceux qui ont de réels mérites, ceux qui n’ont pas d’attaché-presse ou de financeur pour « réussir », ceux qui n’écrasent pas les autres pour se montrer important comme Nabilla ou comme « une star mondiale dans son domaine« , comme dirait le Docteur Raoult.
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Le contraire du ruissellement de l’argent
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Etre privilégiée n’est pas un problème, consommer des produits luxueux ou high tech, montrer des beautés de ce monde via ses réseaux sociaux non plus, mais il faut être reconnaissant des moyens financiers (attirants des réseaux et des cadeaux) que l’on a. Ces moyens viennent souvent du fait de les avoir pris, exigé, volé à d’autres (en exploitant des ressources ou des ouvriers par exemple). Se sentir plus malin ou plus intelligent parce qu’on vole l’autre n’a rien d’admirable. L’emploi que vous avez gagné est aussi celui que vous avez pris à un autre, qui en avez peut être plus besoin. L’argent qui revient aux plus riches est celui pris aux plus pauvres, il est cette économie, ce manque ayant contribué à la dégradation de nos services publics (personnels soignants, professeurs, chercheurs, agents culturels,… ces gens que vous méprisez car n’exhibant pas assez de formes extérieures de richesse) pour faire fructifier les entreprises possédantes et leurs actionnaires. L’argent que vous gagnez naît souvent de l’exploitation salariale des ouvriers plus précaires, faisant un boulot dont vous avez le privilège de pouvoir refuser sans que cela n’affecte vos soucis de payer votre loyer, remplir votre frigo, rembourser vos prêts d’étude et payer tous les abonnements horribles que la société capitaliste nous impose doucement. Des centaines de milliers de français n’en peuvent plus, certains dorment dehors et tentent de se défendre en manifestant pour protéger leurs retraites, leurs chômages ou leurs aides sociales (APL,…) des coupes organisées par l’Etat corrompu par les patrons et les marchés dont sont issus peut être vos proches. Vous vanter de ce que vous avez le loisir de manger pendant que des milliers de personnes ont peur de ne plus pouvoir s’acheter des pâtes, est indécent et ignoble.
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privilèges
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Le bourgeois n’est pas systématiquement un salaud.
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Je conseillerai même que quand on a les moyens, on devrait consommer plus équitablement, veiller à ne pas faire appel à l’uberisation qui précarise encore plus, ne pas acheter sur Amazon quand on a le choix de faire vivre du commerce de proximité, ne pas encourager les entreprises qui délocalisent, licencient en masse pour le profit, polluent, déforestent, assassinent les animaux sauvages ou les humains qui vivent sur leurs terres de ressources que ces entreprises cherchent à exproprier, ne pas prendre la place de ceux qui peuvent moins exister, leur laisser la parole éventuellement, la chance de pouvoir avoir accès à des études ou un métier qu’ils aimeraient faire, notamment en les engageant plutôt qu’en engageant des personnes de votre « réseau » de privilégiés, etc,…
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Arrêter de légitimer ceux qui achètent des marques ou des produits (dont le tourisme) onéreux et traitent de « prolo » ou de « clodo » ceux qui ne le peuvent pas (mentalité qu’on impose dès l’école et qui brime dans la cour de récréation), arrêter de traiter les gens comme des serviteurs mais leur rendre la dignité d’être humain en considérant leurs paroles et leurs savoir-faire sans condescendance, arrêter d’exiger  comme un enfant gâté à ces gens de faire du travail gratuit (rendre des services, donner des choses alors qu’ils ont peu) tout en les méprisant parce qu’ils ne gagnent pas assez d’argent (car on leur demande de toujours faire du travail gratuit), le genre de service ou de sacrifice que vous n’oseriez pas demander à quelqu’un qui a plus de moyen, pour vous faire bien voir ou pire, faire de la spéculation sociale, c’est à dire vous montrer généreux entre personnes dont vous vous êtes assurés qu’ils pourront rendre (en leur demandant ce qu’ils « font dans la vie » qui veut dire « combien gagnent ils »). S’entourer de gens sur lesquels on spécule et se croire généreux est comme se croire généreux d’acheter des parts de marché. Peut être avez- vous été élevé en ayant du personnel travaillant pour vous et un sens de la hiérarchie et que cela est votre « normalité », celle de donner des ordres à des gens qui doivent en recevoir tout en partageant publiquement une image de star hollywoodienne à un gala de charité ou donnant un discours en recevant un prix en robe Haute-Couture, « être charlie » et écrire de la bien pensance sur le respect de la démocratie et votre combat contre les inégalités, signer des pétitions virtuelles, tout en perpétuant les valeurs de la croissance, la croissance des inégalités dont vous jouissez.

Bipolaire

Bipolaire
J’ai lu cet article, et je me suis sentie concernée parce que je suis souvent jugée « trop sensible » et que j’aime passionnément l’univers (mais pas le milieu) de la mode. Pour moi sensibilité et mode sont indissociables. Chacun adopte les meilleurs analyses et remèdes à ses maux car chacun est différent et je ne blâme pas ces choix, je partage justes les sentiments qui me sont venus à la lecture de l’article et peut être quelques remèdes.
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Étiquettes du monde moderne

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J’ai toujours une gêne face aux étiquettes, surtout les étiquettes pathologiques. A la fois cela peut permettre d’être mieux compris, ou alors plus enfermé dans une définition réduite voire aléatoire, et puis sans oublier que cela fait le bonheur des marchés pharmaceutiques.
J’ai toujours une gêne devant la réception de la « sensibilité » par la société : sorte de maladie, handicap, et en effet cela est devenue discriminée, du coup avec un mot du médecin, certaines choses passent mieux en société.
On passe du terme « sensibilité » à « hyper-sensibilité », comme pour montrer que l’extrême est mauvais, qu’il faille un soit disant « juste milieu », qu’on est hors norme, marginal, non adaptable, donc rejetable, excluable.
Pour ma part, je suis sensible et j’aime cela. Cet état est idéal pour capter la mode. Le problème est qu’on capte tout, les belles choses, les bonnes, les mauvaises. Certains appellent cela avoir « des hauts et des bas », et on appelle cela, parfois, la bipolarité.

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Marginalisation

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Ma sensibilité a souvent engendré le rejet et l’exploitation par les autres. J’ai manqué de nombreuses occasions d’emplois sous prétexte que « je ne pourrais pas tenir la pression ». La part de créativité de mon travail n’a jamais été consultée, les DRH préfèrent cerner la capacité d’endurance au labeur d’un candidat, même si c’est juste pour gérer les stocks de magazines dans l’arrière salle d’une obscure chaine de librairies.

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Certaines personnes sensibles savent naturellement se protéger, se défendre, d’autres non.
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 Plonger au coeur de moi même en acceptant cette sensibilité comme une qualité et non un défaut m’a aidé à comprendre ce qui se passait, sans l’avis d’une soit disant autorité médicale, ayant pour but homogénéiser la population à des individus neutres et « gris », et surtout résignés et médicamentés.
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Après avoir écoutée voire suivie les avis de tous ceux qui aiment avoir un avis sur tout de manière consentante (psy à l’écoute, hypnothérapeute-arnaqueur) ou non (famille, gens), j’ai aujourd’hui une lecture différente de ce que je vis. Et j’arrive à avoir d’autres réponses que celles qui serait « une maladie traitée par médicaments ».
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Remède vitaliste

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Je tends vers une philosophie vitaliste de l’existence, j’ai toujours souhaité prendre soin de mon corps. Je comprends ceux qui n’en ressentent pas le besoin, mais mon corps est lui aussi sensible, je peux tomber malade, avoir des douleurs facilement et c’est avant tout par nécessité que j’ai du me prendre en main par la pratique de taï chi et de yoga, et une attention portée à mon alimentation.
Dans cette même logique vitaliste, et à la suite de mauvaises rencontres et expériences, j’ai du apprendre à me défendre. J’ai du apprendre à apprécier la vie jusqu’à réveiller mon instinct de survie, très largement bâillonné par le carcan familial. Cela n’est pas facile et je suis encore en train de réveiller mes ressources naturelles et « animales ». Pour cela, je regarde du côté du chamanisme. Un chaman est un individu qu’on qualifierait dans nos sociétés modernes d’hyper-sensible, voire de bipolaire, capable de se mettre en connexion avec les forces de la nature, végétales, animales, et autres esprits en vadrouille. Dans de nombreuses sociétés traditionnelles, chaque individu avait sa place, et on ne forçait pas une personne sensible à ne plus l’être ou une personne brutale à ne plus l’être, on lui donnait l’activité adéquate et tout cela devait former un ensemble complémentaire. Ainsi mon discours n’est pas de dire que tous doivent être sensibles, mais que tous doivent être eux mêmes (du moment qu’on ne commette pas d’injustice) sans se mentir et sans forcer les autres à suivre leurs modèles.
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Animal sauvage

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L’instinct de survie et la défense invoquent la violence de l’animal en soi.
J’ai longtemps choisi la non violence, étant de nature pacifiste, mais j’ai aussi un grand besoin de justice et une horreur de l’injustice. Certains diront que l’homme est injuste par nature et que dans sa grande majorité, il a besoin de dominer et de détruire l’autre. Je ne peux qu’acquiescer face à ce constat tout en voulant naïvement croire à autre chose. La règle première de la survie est donc de ne pas choisir la « non-violence » face à l’agression répétée et gratuite.
La personne sensible ne doit pas être l’espèce rare en voie de disparition ou le gibier des exploiteurs nuisibles sans talents.
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L’interprétation des « hauts et des bas ».

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Chacun selon ses croyances religieuses, morales, sociétales ou scientifiques interprètent ces différents moments donnés à l’individu « non gris » pour reprendre l’article (ou non tièdes) ou êtres sensibles que fut l’humain. Pour les « hauts », c’est assez difficile à expliquer tellement c’est personnel et évident, mais pour ma part, un environnement de nature et créatif, émule mon cerveau et me rend heureuse.
Pour les bas (baisse de morale, tristesse sans raison apparente ou mauvaise nouvelle, etc), j’ai principalement trois axes d’identification. Je tiens à préciser que j’appellerai cela des « croyances » pour ne vexer personnes, mais pour moi ce sont des certitudes. Depuis plusieurs années j’entraine mon esprit à percevoir un maximum d’informations et de sensations pour développer mes capacités de voyances (ou d’extra sensibilité) et ce sont celles ci qui ont confirmées certaines pistes.
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- La santé. C’est pour moi la première raison des « bas », le manque de sommeil (ou mauvais sommeil), le manque de nutriments, d’exercices physiques, de « promenades oxygénantes » pour le cerveau.
- Les astres. En observant l’étude de l’astrologie, on remarque des faits tout à fait incroyables. C’est un sujet trop long à développer mais cela est un bon indicateur de « choses qui arrivent » plus ou moins bien dans notre vie. Et parfois, et ce n’est pas la faute d’un « mercure rétrograde », les planètes nous donnent des « bas » (mais aussi des « hauts »).
- Les attaques. Et parfois il y en a de nombreuses. Pour les personnes sensibles qui n’ont pas développées de défenses, cela peut être la déprime permanente. C’est pour ça que j’ai parlé de devoir de défense pour parer ces nuisibles. Ces attaques peuvent être verbales, physiques ou mentales. Je renvoie à la création d’égrégores pour éventuellement prévenir de cela. Cela peut être simplement la présence de personnes avec la volonté de nuire qui nous prend toute notre énergie. Ces dernières années, je me rendais souvent dans le quartier de la goutte d’Or à Paris ou à Porte de Clignancourt. J’ai habité Clichy et Aubervilliers. Pour moi, le métro, surtout dans le nord de Paris était devenu très difficile, je me faisais souvent bousculer à Barbès, et je n’aime pas du tout cela. On m’a souvent dit que j’étais trop sensible, que je devais ceci cela, que c’était moi le problème, que s’était il passé dans mon enfance pour que je n’apprécie pas qu’un individu m’insulte dans un métro bondé ? etc… Alors oui, beaucoup de personnes supportent, d’autre ne voient pas le problème et d’autres encore adorent cette « ambiance chaude », mais moi non. Donc j’ai déménagé dans les Vosges parce que j’ai choisi une meilleure qualité de vie, à hauteur de ma sensibilité. Et cette sensibilité n’est donc pas qu’un handicap (sauf pour le MEDEF), elle est surtout ce qui me permet de créer et de développer ma magie. Mais nos meilleurs ennemis sont bien souvent plus proches que les inconnus des métros ou des rues et il est nécessaire d’y faire le ménage.
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Encore une fois, les êtres sensibles n’ont pas à être les souffre-douleurs des êtres nuisibles (certains diront des pervers narcissique) ou la vache à lait des pseudo artistes copieurs sans talents. La sensibilité, comme la connexion avec les forces de la nature est une force vitale redoutable.

Est-ce bien raisonnable de porter du fluo ?

Je ne porte pas de fluo.

Je ne trouve ça ni beau ni laid mais je constate qu’il est à la mode, et comme toutes les modes, il y en a dont je me satisfais et d’autres que je laisse pour d’autres.

J’ai parfois lu des réactions contre cette mode, sur ton sérieux comme s’il s’agissait de lutter contre l’augmentation du prix des loyers. Apparemment cela apparaît un sujet moins important.

Je lis cet article du Monde.
http://www.lemonde.fr/style/article/2012/09/07/est-ce-bien-raisonnable-de-porter-du-fluo_1756346_1575563.html

J’ai déjà eu l’occasion de parler de la liberté que j’aimais accorder aux styles vestimentaires de chacun, que ceux-ci suivent une règle érigée par telle figure autoritaire ou qu’il se compose d’affects personnels.

Il existe probablement des limites et des lois (comme celle interdisant aux femmes le port du pantalon), mais globalement je parle de choses qui sont réellement innocentes.

J’écris ceci contre l’uniformisation des idées, des formes et des styles. En faveur de la possibilité de se vêtir comme on le désire du moment qu’on ne fait de mal à personne. Et je vous entends déjà vous plaindre de la douleur de vos yeux devant l’habit de votre voisin de métro alors que la plupart ici n’hésitent pas à perdre le reste de ses facultés sensible dans le spectacle d’images les plus stériles, vulgaires que nous proposent l’Internet.

Bien sur moi aussi je me sens hostile à certains styles, ceux notamment qui accompagnent une attitude bruyante d’appel à la reconnaissance. (Bien qu’un style n’impose pas nécessairement une attitude précise). Donc je me sens plus importunée par une personne parlant fort publiquement dans son téléphone (ou non) que par une personne qui porte des baskets jaunes fluo, tout simplement parce que je peux détourner les yeux ou les fermer alors que je n’ai pas de paupières aux oreilles.

Je note dans l’article, ce léger ton de mépris « bourgeois-friendly » face à une « caste » de travailleurs représentant pour certains le symbole de l’échec social auquel il faut à tout prix se détacher, mais qui du coup ouvre la possibilité de moqueries par comparaison à ce qui semble le moins glorieux. Bien évidemment je trouve ça détestable de se moquer sincèrement des pauvres, des clochards ou des agents de le DDE.

Selon l’article, si on ne porte pas de vêtements conformes à la « normalité » formelle et chromatique, qui s’ennuie à répéter année après année les mêmes vêtements de grande diffusion informe (car de taille basique pour des corps et des besoins tous différents) ce n’est seulement que pour « matérialiser ce besoin de visibilité et garantir […] de n’être jamais considéré comme un individu transparent ». En gros c’est tout noir ou tout blanc, ou fluo devrais je dire. L’individu porteur de vêtement ne peut raisonner seulement suivant l’imagination de l’auteur « journaliste », qui s’est à peine intéressé au sujet des styles et des formes, mais qui, dans la moquerie consensuelle de la « mode », la « nouveauté » ou d’une certaine « différence », s’assure une quantité d’approbateurs-suiveurs et de « like » (pour reprendre l’article).

Qu’on ne pense pas que je critique la grande diffusion « informe » à « bas prix », encourageant la logique de pays ateliers exploités, au profit de marques moins abordables. J’encourage toujours et encore l’artisanat, le local, la qualité plutôt que la quantité, le DIY, la possibilité de se remettre devant des machines à coudre et des aiguilles (et pas seulement pour les femmes), le « recyclage » via les réseaux de secondes mains, il existe mille et une manière de se vêtir.

Pour ma part, portant plus majoritairement du noir je me fais souvent jugée de personne qui souhaite être remarquée. Les personnes qui refusent de se vêtir seulement selon les codes « mass-industriels » du textile sont souvent ramenées à l’ordre par des gardiens de la morosité si on a le malheur de croiser leur route ou leur ligne de métro. Pour beaucoup la seule raison de s’habiller, dans leur langage, « différemment », est de se faire regarder. C’est bien projeter ses fantasmes personnels que de réduire les intentions d’un individu à sa propre logique. Pour répondre à ceux qui sont persuadé de cela, il existe des milliards de raisons de choisir tel ou tel vêtement, la première étant souvent celle du plaisir personnel et je le dis encore innocent. Me concernant, penser que j’ai tel style pour me faire remarquer est aussi stupide que l’idée qu’une femme porte une jupe dans le but de tenter les hommes à la violer. Personnellement je déteste être regardée, dévisagée et jadis dans notre civilisation cultivée, cela était impoli de le faire, car il est impoli de risquer mettre mal à l’aise son voisin qui n’a rien demandé. Si je veux me rendre chez des amis, je suis parfois obligée de prendre le métro, et non je ne choisis pas ma tenue pour les personnes de la rue, pour les divertir, les choquer, l’envie de me prendre des réflexions, aussi méprisant cela peut il paraître, mais il en va de même pour la majorité des gens. Et j’aimerai vraiment que les mentalités sur ce sujet changent c’est pourquoi j’aimerai faire remarquer que cet article et cette mentalité, peut à un certain niveau encourager sinon approuver le fait de se faire embêter dans la rue plus ou moins agressivement. Nul n’est censé ignorer ce savoir vivre.

Non critiquer le fluo, ne valorisera pas le noir, critiquer les blondes ne valorisera pas les brunes, critiquer le hip hop ne valorisera pas le rock. Dans ces dualités le perdant sera toujours l’individu, le non-conforme.

Ce qui me dérange au fond est de lire ce genre d’analyse sous le nom de journaux renommé, prouvant une fois de plus que la médiocrité arrive plus souvent à percer que la sensibilité discrète et pertinente malheureusement moins prise au sérieux. Ce genre d’article est à peu près du niveau de Vice.

C’est sur qu’avec de tels sujets « mode », le lecteur moyen peut la trouver superficielle et l’affubler de tous ces arguments dévalorisants trahissant un manque de culture certain sur le sujet.

image : Vogue Italia Mai 2008 photo Miles Aldridge