Bipolaire

Bipolaire
J’ai lu cet article, et je me suis sentie concernée parce que je suis souvent jugée « trop sensible » et que j’aime passionnément l’univers (mais pas le milieu) de la mode. Pour moi sensibilité et mode sont indissociables. Chacun adopte les meilleurs analyses et remèdes à ses maux car chacun est différent et je ne blâme pas ces choix, je partage justes les sentiments qui me sont venus à la lecture de l’article et peut être quelques remèdes.
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Étiquettes du monde moderne

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J’ai toujours une gêne face aux étiquettes, surtout les étiquettes pathologiques. A la fois cela peut permettre d’être mieux compris, ou alors plus enfermé dans une définition réduite voire aléatoire, et puis sans oublier que cela fait le bonheur des marchés pharmaceutiques.
J’ai toujours une gêne devant la réception de la « sensibilité » par la société : sorte de maladie, handicap, et en effet cela est devenue discriminée, du coup avec un mot du médecin, certaines choses passent mieux en société.
On passe du terme « sensibilité » à « hyper-sensibilité », comme pour montrer que l’extrême est mauvais, qu’il faille un soit disant « juste milieu », qu’on est hors norme, marginal, non adaptable, donc rejetable, excluable.
Pour ma part, je suis sensible et j’aime cela. Cet état est idéal pour capter la mode. Le problème est qu’on capte tout, les belles choses, les bonnes, les mauvaises. Certains appellent cela avoir « des hauts et des bas », et on appelle cela, parfois, la bipolarité.

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Marginalisation

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Ma sensibilité a souvent engendré le rejet et l’exploitation par les autres. J’ai manqué de nombreuses occasions d’emplois sous prétexte que « je ne pourrais pas tenir la pression ». La part de créativité de mon travail n’a jamais été consultée, les DRH préfèrent cerner la capacité d’endurance au labeur d’un candidat, même si c’est juste pour gérer les stocks de magazines dans l’arrière salle d’une obscure chaine de librairies.

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Certaines personnes sensibles savent naturellement se protéger, se défendre, d’autres non.
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 Plonger au coeur de moi même en acceptant cette sensibilité comme une qualité et non un défaut m’a aidé à comprendre ce qui se passait, sans l’avis d’une soit disant autorité médicale, ayant pour but homogénéiser la population à des individus neutres et « gris », et surtout résignés et médicamentés.
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Après avoir écoutée voire suivie les avis de tous ceux qui aiment avoir un avis sur tout de manière consentante (psy à l’écoute, hypnothérapeute-arnaqueur) ou non (famille, gens), j’ai aujourd’hui une lecture différente de ce que je vis. Et j’arrive à avoir d’autres réponses que celles qui serait « une maladie traitée par médicaments ».
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Remède vitaliste

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Je tends vers une philosophie vitaliste de l’existence, j’ai toujours souhaité prendre soin de mon corps. Je comprends ceux qui n’en ressentent pas le besoin, mais mon corps est lui aussi sensible, je peux tomber malade, avoir des douleurs facilement et c’est avant tout par nécessité que j’ai du me prendre en main par la pratique de taï chi et de yoga, et une attention portée à mon alimentation.
Dans cette même logique vitaliste, et à la suite de mauvaises rencontres et expériences, j’ai du apprendre à me défendre. J’ai du apprendre à apprécier la vie jusqu’à réveiller mon instinct de survie, très largement bâillonné par le carcan familial. Cela n’est pas facile et je suis encore en train de réveiller mes ressources naturelles et « animales ». Pour cela, je regarde du côté du chamanisme. Un chaman est un individu qu’on qualifierait dans nos sociétés modernes d’hyper-sensible, voire de bipolaire, capable de se mettre en connexion avec les forces de la nature, végétales, animales, et autres esprits en vadrouille. Dans de nombreuses sociétés traditionnelles, chaque individu avait sa place, et on ne forçait pas une personne sensible à ne plus l’être ou une personne brutale à ne plus l’être, on lui donnait l’activité adéquate et tout cela devait former un ensemble complémentaire. Ainsi mon discours n’est pas de dire que tous doivent être sensibles, mais que tous doivent être eux mêmes (du moment qu’on ne commette pas d’injustice) sans se mentir et sans forcer les autres à suivre leurs modèles.
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Animal sauvage

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L’instinct de survie et la défense invoquent la violence de l’animal en soi.
J’ai longtemps choisi la non violence, étant de nature pacifiste, mais j’ai aussi un grand besoin de justice et une horreur de l’injustice. Certains diront que l’homme est injuste par nature et que dans sa grande majorité, il a besoin de dominer et de détruire l’autre. Je ne peux qu’acquiescer face à ce constat tout en voulant naïvement croire à autre chose. La règle première de la survie est donc de ne pas choisir la « non-violence » face à l’agression répétée et gratuite.
La personne sensible ne doit pas être l’espèce rare en voie de disparition ou le gibier des exploiteurs nuisibles sans talents.
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L’interprétation des « hauts et des bas ».

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Chacun selon ses croyances religieuses, morales, sociétales ou scientifiques interprètent ces différents moments donnés à l’individu « non gris » pour reprendre l’article (ou non tièdes) ou êtres sensibles que fut l’humain. Pour les « hauts », c’est assez difficile à expliquer tellement c’est personnel et évident, mais pour ma part, un environnement de nature et créatif, émule mon cerveau et me rend heureuse.
Pour les bas (baisse de morale, tristesse sans raison apparente ou mauvaise nouvelle, etc), j’ai principalement trois axes d’identification. Je tiens à préciser que j’appellerai cela des « croyances » pour ne vexer personnes, mais pour moi ce sont des certitudes. Depuis plusieurs années j’entraine mon esprit à percevoir un maximum d’informations et de sensations pour développer mes capacités de voyances (ou d’extra sensibilité) et ce sont celles ci qui ont confirmées certaines pistes.
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- La santé. C’est pour moi la première raison des « bas », le manque de sommeil (ou mauvais sommeil), le manque de nutriments, d’exercices physiques, de « promenades oxygénantes » pour le cerveau.
- Les astres. En observant l’étude de l’astrologie, on remarque des faits tout à fait incroyables. C’est un sujet trop long à développer mais cela est un bon indicateur de « choses qui arrivent » plus ou moins bien dans notre vie. Et parfois, et ce n’est pas la faute d’un « mercure rétrograde », les planètes nous donnent des « bas » (mais aussi des « hauts »).
- Les attaques. Et parfois il y en a de nombreuses. Pour les personnes sensibles qui n’ont pas développées de défenses, cela peut être la déprime permanente. C’est pour ça que j’ai parlé de devoir de défense pour parer ces nuisibles. Ces attaques peuvent être verbales, physiques ou mentales. Je renvoie à la création d’égrégores pour éventuellement prévenir de cela. Cela peut être simplement la présence de personnes avec la volonté de nuire qui nous prend toute notre énergie. Ces dernières années, je me rendais souvent dans le quartier de la goutte d’Or à Paris ou à Porte de Clignancourt. J’ai habité Clichy et Aubervilliers. Pour moi, le métro, surtout dans le nord de Paris était devenu très difficile, je me faisais souvent bousculer à Barbès, et je n’aime pas du tout cela. On m’a souvent dit que j’étais trop sensible, que je devais ceci cela, que c’était moi le problème, que s’était il passé dans mon enfance pour que je n’apprécie pas qu’un individu m’insulte dans un métro bondé ? etc… Alors oui, beaucoup de personnes supportent, d’autre ne voient pas le problème et d’autres encore adorent cette « ambiance chaude », mais moi non. Donc j’ai déménagé dans les Vosges parce que j’ai choisi une meilleure qualité de vie, à hauteur de ma sensibilité. Et cette sensibilité n’est donc pas qu’un handicap (sauf pour le MEDEF), elle est surtout ce qui me permet de créer et de développer ma magie. Mais nos meilleurs ennemis sont bien souvent plus proches que les inconnus des métros ou des rues et il est nécessaire d’y faire le ménage.
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Encore une fois, les êtres sensibles n’ont pas à être les souffre-douleurs des êtres nuisibles (certains diront des pervers narcissique) ou la vache à lait des pseudo artistes copieurs sans talents. La sensibilité, comme la connexion avec les forces de la nature est une force vitale redoutable.

Est-ce bien raisonnable de porter du fluo ?

Je ne porte pas de fluo.

Je ne trouve ça ni beau ni laid mais je constate qu’il est à la mode, et comme toutes les modes, il y en a dont je me satisfais et d’autres que je laisse pour d’autres.

J’ai parfois lu des réactions contre cette mode, sur ton sérieux comme s’il s’agissait de lutter contre l’augmentation du prix des loyers. Apparemment cela apparaît un sujet moins important.

Je lis cet article du Monde.
http://www.lemonde.fr/style/article/2012/09/07/est-ce-bien-raisonnable-de-porter-du-fluo_1756346_1575563.html

J’ai déjà eu l’occasion de parler de la liberté que j’aimais accorder aux styles vestimentaires de chacun, que ceux-ci suivent une règle érigée par telle figure autoritaire ou qu’il se compose d’affects personnels.

Il existe probablement des limites et des lois (comme celle interdisant aux femmes le port du pantalon), mais globalement je parle de choses qui sont réellement innocentes.

J’écris ceci contre l’uniformisation des idées, des formes et des styles. En faveur de la possibilité de se vêtir comme on le désire du moment qu’on ne fait de mal à personne. Et je vous entends déjà vous plaindre de la douleur de vos yeux devant l’habit de votre voisin de métro alors que la plupart ici n’hésitent pas à perdre le reste de ses facultés sensible dans le spectacle d’images les plus stériles, vulgaires que nous proposent l’Internet.

Bien sur moi aussi je me sens hostile à certains styles, ceux notamment qui accompagnent une attitude bruyante d’appel à la reconnaissance. (Bien qu’un style n’impose pas nécessairement une attitude précise). Donc je me sens plus importunée par une personne parlant fort publiquement dans son téléphone (ou non) que par une personne qui porte des baskets jaunes fluo, tout simplement parce que je peux détourner les yeux ou les fermer alors que je n’ai pas de paupières aux oreilles.

Je note dans l’article, ce léger ton de mépris « bourgeois-friendly » face à une « caste » de travailleurs représentant pour certains le symbole de l’échec social auquel il faut à tout prix se détacher, mais qui du coup ouvre la possibilité de moqueries par comparaison à ce qui semble le moins glorieux. Bien évidemment je trouve ça détestable de se moquer sincèrement des pauvres, des clochards ou des agents de le DDE.

Selon l’article, si on ne porte pas de vêtements conformes à la « normalité » formelle et chromatique, qui s’ennuie à répéter année après année les mêmes vêtements de grande diffusion informe (car de taille basique pour des corps et des besoins tous différents) ce n’est seulement que pour « matérialiser ce besoin de visibilité et garantir […] de n’être jamais considéré comme un individu transparent ». En gros c’est tout noir ou tout blanc, ou fluo devrais je dire. L’individu porteur de vêtement ne peut raisonner seulement suivant l’imagination de l’auteur « journaliste », qui s’est à peine intéressé au sujet des styles et des formes, mais qui, dans la moquerie consensuelle de la « mode », la « nouveauté » ou d’une certaine « différence », s’assure une quantité d’approbateurs-suiveurs et de « like » (pour reprendre l’article).

Qu’on ne pense pas que je critique la grande diffusion « informe » à « bas prix », encourageant la logique de pays ateliers exploités, au profit de marques moins abordables. J’encourage toujours et encore l’artisanat, le local, la qualité plutôt que la quantité, le DIY, la possibilité de se remettre devant des machines à coudre et des aiguilles (et pas seulement pour les femmes), le « recyclage » via les réseaux de secondes mains, il existe mille et une manière de se vêtir.

Pour ma part, portant plus majoritairement du noir je me fais souvent jugée de personne qui souhaite être remarquée. Les personnes qui refusent de se vêtir seulement selon les codes « mass-industriels » du textile sont souvent ramenées à l’ordre par des gardiens de la morosité si on a le malheur de croiser leur route ou leur ligne de métro. Pour beaucoup la seule raison de s’habiller, dans leur langage, « différemment », est de se faire regarder. C’est bien projeter ses fantasmes personnels que de réduire les intentions d’un individu à sa propre logique. Pour répondre à ceux qui sont persuadé de cela, il existe des milliards de raisons de choisir tel ou tel vêtement, la première étant souvent celle du plaisir personnel et je le dis encore innocent. Me concernant, penser que j’ai tel style pour me faire remarquer est aussi stupide que l’idée qu’une femme porte une jupe dans le but de tenter les hommes à la violer. Personnellement je déteste être regardée, dévisagée et jadis dans notre civilisation cultivée, cela était impoli de le faire, car il est impoli de risquer mettre mal à l’aise son voisin qui n’a rien demandé. Si je veux me rendre chez des amis, je suis parfois obligée de prendre le métro, et non je ne choisis pas ma tenue pour les personnes de la rue, pour les divertir, les choquer, l’envie de me prendre des réflexions, aussi méprisant cela peut il paraître, mais il en va de même pour la majorité des gens. Et j’aimerai vraiment que les mentalités sur ce sujet changent c’est pourquoi j’aimerai faire remarquer que cet article et cette mentalité, peut à un certain niveau encourager sinon approuver le fait de se faire embêter dans la rue plus ou moins agressivement. Nul n’est censé ignorer ce savoir vivre.

Non critiquer le fluo, ne valorisera pas le noir, critiquer les blondes ne valorisera pas les brunes, critiquer le hip hop ne valorisera pas le rock. Dans ces dualités le perdant sera toujours l’individu, le non-conforme.

Ce qui me dérange au fond est de lire ce genre d’analyse sous le nom de journaux renommé, prouvant une fois de plus que la médiocrité arrive plus souvent à percer que la sensibilité discrète et pertinente malheureusement moins prise au sérieux. Ce genre d’article est à peu près du niveau de Vice.

C’est sur qu’avec de tels sujets « mode », le lecteur moyen peut la trouver superficielle et l’affubler de tous ces arguments dévalorisants trahissant un manque de culture certain sur le sujet.

image : Vogue Italia Mai 2008 photo Miles Aldridge